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Dep uis le 14 octobre 2009 et jusqu'au 8 mars 2010 a lieu, au Centre Georges Pompidou à Paris, une importante rétrospective du peintre contemporain Pierre Soulages, avec une centaine d'œuvres de 1946 jusqu'à aujourd'hui.
A l'occasion de cette exposition, le Centre Georges Pompidou organise, en collaboration avec l'Institut National d'Histoire de l'Art (INHA), un colloque international autour de l'œuvre de ce peintre les 21 et 22 janvier 2010.
Depuis 1979, Pierre Soulages utilise presque exclusivement le noir qui a été qualifié de noir-lumière et qu'il appelle lui-même outrenoir. La structure de l'œuvre est constituée par la texture même de la matière picturale, par l'opposition entre des parties lisses et des parties striées, ou par le contraste entre l'épaisseur de certaines surfaces et la tension des lignes qui les traversent. Cette surface prend vie grâce à la lumière qui la dynamise. Selon la position du spectateur, le tableau est recréé et se recompose différemment en fonction de la façon dont la surface reflète la lumière. A partir du seul pigment noir Soulages réalise ainsi un travail sur la lumière.
Du blanc, présent dans les toutes dernières œuvres, se dégage une lumière encore plus violente, qui vient cette fois du contraste entre le blanc et le noir et non du reflet renvoyé par la surface noire. Des bandes blanches souvent irrégulières et aux frontières accidentées créent sur l'ensemble de la toile une lumière vibrante.
Pierre Soulages est né en 1919 à Rodez, ville proche de Conques et de l’abbatiale Sainte-Foy dont il a conçu les vitraux (104 vitraux qu’il a réalisés de 1987 à 1994). il vit et travaille à Paris et à Sète. De très nombreux musées à travers le monde lui ont consacré d'importantes expositions qui ont fait de lui un artiste majeur de la scène contemporaine.
Quelques propos de Pierre Soulages:
"Trop souvent le grand public est intéressé par les œuvres à travers le côté spectaculaire du personnage. Quand il s'agit d'un artiste ou d'un écrivain, on parle de l'homme pour essayer d'ouvrir les yeux sur une œuvre ; c'est ce qu'on peut dire dans les meilleurs cas. J'ai souvent été frappé par les excès ou par le côté policier, journalistique des biographies, des études. Mais même quand on parle d'une œuvre réellement, plus sérieusement, on n'en rend jamais complètement compte, même par une explication qui paraît fonctionnelle. L'explication ne remplace jamais l'œuvre. Une peinture peut être à l'origine d'un texte littéraire magnifique, mais il ne faut pas oublier qu'à ce moment-là, l'œuvre n'est que prétexte — dans tous les sens du mot prétexte. À partir du moment où il y a un enchaînement de mots, la littérature s'introduit. Il faut alors juger du texte indépendamment de son prétexte ; en tout cas, le texte n'entame pas le prétexte. C'est une œuvre parallèle."
Encore…
"C'est un discours autour, marquant par là d'ailleurs qu'il s'agit d'un mouvement qui ne rentre pas dedans, parce que le dedans de l'œuvre ne se remplace pas. Si c'était remplaçable, au fond, une fois qu'on l'aurait compris, on n'aurait plus rien à y trouver. C'est un peu naïf mais ce sont des choses aussi simples qu'il est bon de rappeler."
"Une œuvre ne peut pas se réduire à sa matérialité. La réalité d'une œuvre ce n'est pas sa matérialité. C'est le triple rapport qu'il y a entre la chose qu'elle est (sur laquelle peuvent se faire et se défaire les sens), celui qui la regarde, avec sa mentalité, son époque, sa psychologie, etc. ; et aussi celui qui l'a faite, car ce n'est pas n'importe quelle chose, c'est une chose faite par un homme et c'est le produit de décisions, de stratégies, de risques et de chances. Un triple rapport entre l'artiste qui l'a faite, la chose qu'elle est, et celui qui la regarde ; c'est ça, la réalité d'une œuvre. Quand on écrit sur une œuvre il y a l'effet littérature qui fait de ce qui est écrit une œuvre en elle-même. Et puis c'est écrit par un individu et à un moment donné. En 1880 ou en 1950, on n'écrivait pas la même chose sur l'art égyptien. L'art égyptien maintenant est encore autre chose; et pourtant il est là, immuable, il n'a pas bougé (mettons à part les dégradations ou les modifications que le temps apporte à la matérialité de la chose). Ce dont je veux parler, bien sûr, c'est du changement de regard qu'à chaque époque, les hommes ont sur une même œuvre, ce qui explique les époques oubliées et les remises à jour.
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